SON UTILISATION AU TROUPEAU


Extrait d’un article de la RACP, de Thérèse LEPEUDRY et Benoît COCKENPOT


Non seulement la dernière décennie a ramené le Patou au troupeau ou plutôt a redonné un troupeau, à notre Montagne des Pyrénées, mais son expansion planétaire lui a donné l’occasion de montrer ce qu’il savait faire sous bien d’autres cieux. Il n’a donc jamais totalement cessé son activité ancestrale.

Si la vision du Patou, trônant sur une éminence et scrutant de son regard perçant les lointains au-delà des brebis était devenue rare en France, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, l’Afrique du Sud ou l’Israël avaient depuis longtemps appris à apprécier son efficacité contre loups, coyotes, couguars et autres prédateurs vouant aux troupeaux un intérêt mortel. Ces temps sont révolus maintenant, puisque la réapparition du loup et la réintroduction de l’ours en France ont dans leur sillage remis en lumière l’efficacité du « Patou » comme chien de protection : plusieurs centaines de ces chiens secondent aujourd’hui les bergers dans les pâtures françaises, surtout à l’estive. Lorsque le troupeau se déplace sous le contrôle des chiens de conduite, parfois des bergers des Pyrénées, cette race complice et complémentaire depuis tant de générations, notre protecteur ouvre le chemin le précédant de plusieurs longueurs, poussant de temps à autre une mission d’éclaireur à quelques distances pour s’assurer qu’aucun danger ne peut surprendre la progression de ses protégés. Parvenu au lieu de pacage, il inspecte minutieusement les alentours décrivant un large périmètre autour du troupeau qui s’égaille. Puis il choisit son observatoire en fonction de la topologie des lieux, et s’y installe pour une garde vigilante. Il a alors déterminé la distance de sécurité qu’il juge opportune pour assurer la quiétude du troupeau. Tout être vivant s’approchant sera mis en garde par des aboiements puissants auxquels il faut prêter attention. Promeneurs et randonneurs qui entendez cet avertissement, n’y voyez aucune manifestation d’agressivité, mais arrêtez-vous pour comprendre son injonction. Infléchissez votre course en tenant compte de la position des brebis, et il ne se déplacera alors pas. SI l’étranger persiste dans sa progression, le Patou se lève prestement, et se porte à sa rencontre pour l’empêcher d’approcher. Pas de cri, pas de jet de pierres ou autres gestes menaçant : il est sûr de sa force et son courage est sans limite.

A la tombée du jour sa vigilance redouble, et plusieurs fois pendant la nuit il effectuera une large boucle autour du troupeau rassemblé, en donnant de la voix périodiquement : Patou « hamme ». Car l’efficacité de sa protection tient non seulement à sa force et à son courage dans l’affrontement avec ses prédateurs mais aussi, et certains disent surtout, à la dissuasion qu’exerce sa présence.

Droit de réponse sur l’article d’Emilie Trevert dans le
JOURNAL DU DIMANCHE du 24 août 2008 :
Psychose autour du patou.

Mathieu Mauriès, avant d’être éleveur de chèvres et de chiens de Montagne des Pyrénées, est Expert dans le domaine de l’Elevage avec 25 ans de métier derrière lui et une carrière internationale, de nombreuses publications techniques et trois ouvrages scientifiques à son actif.

LE MONTAGNE, UN CHIEN DISSUASIF ET NON AGRESSIF

Le chien de Montagne des Pyrénées ou « Patou » est un chien de protection français sélectionné depuis des générations dans les Pyrénées pour défendre les troupeaux contre les attaques de l’ours et du loup. Seuls les chiens inscrits au Livre des Origines Françaises (LOF) peuvent prétendre à l’appellation officielle de « chien de Montagne des Pyrénées » qui garantit leur conformité à la race, leur ascendance sur plusieurs générations, de même que leur aptitude au travail liée à une sélection très ancienne.

Contrairement à d’autres races de chiens de protection provenant d’Italie et des pays de l’Est et bien qu’ils soient d’apparence proche (Tatras, Kuvasz, Maremmes) les Montagne des Pyrénées ont été sélectionnés de tout temps pour être dissuasifs et non pas agressifs. Le chien s’interpose alors naturellement entre l’élément étranger et le troupeau. Le Montagne peut passer de l’aboiement au grondement pour être plus dissuasif. Il ne passe à l’attaque qu’en cas d’agression manifeste envers son troupeau. Les chiens de protection des pays de l’Est se révèlent au contraire beaucoup plus agressifs et n’hésitent pas à mordre dès la première confrontation.

COMPORTEMENT DU CHIEN

Les Montagnes ne se dressent pas. D’instinct ils connaissent leur rôle mais ils doivent recevoir une éducation de base et être correctement socialisés dans leur jeune âge. Cela est particulièrement important lorsqu’ils se retrouveront plus tard face à des promeneurs.

Eu égard à leur fonction de protection, les Montagnes sont intelligents et indépendants de caractère. Leur territoire de protection s’étend aussi loin que porte leur vue. Ils doivent agir à bon escient en toutes circonstances et savoir identifier un danger pour leur troupeau.

COMPORTEMENT DU PROMENEUR

Les Montagnes n’ont aucune raison d’attaquer des promeneurs si ces derniers restent calmes et non agressifs envers les chiens et le troupeau.

Le comportement à adopter en cas de rencontre avec un patou est de laisser le chien approcher pour qu’il vous identifie, s’éloigner calmement du troupeau sans menacer le chien et bien sûr éviter de se promener avec son chien lorsque l’on est dans une zone pastorale.

Le Montagne des Pyrénées de race pure, grâce à ses qualités de protecteur, se retrouve au travail de protection dans le monde entier notamment en Amérique du Nord où il est très utilisé par les éleveurs confrontés à de nombreux prédateurs sauvages (coyotes, loups, ours, pumas). Il existe même des familles qui en font l’acquisition pour veilleur sur les jeunes enfants ! C’est un chien remarquable dont les qualités méritent d’être mieux comprises et plus reconnues par le grand public.

Les attaques sur les promeneurs sont le fait de chiens issus d’une population de chiens croisés de différentes races et sans origines connues. Bien qu’ils soient la plupart du temps de couleur blanche et de grand gabarit, ce ne sont pas pour autant de véritables Montagnes. Cette confusion est donc très dommageable pour les vrais patous qui restent très minoritaires sur les alpages.

En France, les programmes d’introduction des chiens de protection ont toujours délibérément écarté les chiens Montagne inscrits au LOF de l’activité de travail sous prétexte qu’ils avaient perdu toute aptitude au travail, n’étant sélectionnés que sur des critères dits de « beauté », en réalité des critères de conformité à un standard.

Cet à priori ne repose sur aucune réalité scientifique et il s’avère sur le terrain que de véritables chiens de Montagne des Pyrénées, inscrits au LOF, effectuent un remarquable travail de protection sans aucune agressivité envers les promeneurs.

La présence de chiens de protection au sein du troupeau est une obligation pour obtenir une indemnisation en cas d’attaque de loups. Un « vrai » patou issu d’un élevage sérieux est vendu entre 800 et 1000 € selon la qualité de ses géniteurs. Malheureusement les aides de l’Etat sont loin de couvrir l’achat de tels chiens. Une aide de 300 € n’incite pas les éleveurs à acquérir des chiens de race pure. La plupart du temps ils font l’acquisition de chiens tout venant et sans origine dont les réactions sont imprévisibles. Le coût des chiens de race est à relier au travail de sélection des reproducteurs, au choix des accouplements raisonnés, et au suivi de la santé du cheptel. Le travail de socialisation réalisé par les éleveurs canins est primordial pour l’équilibre des futurs chiens de travail. Contrairement à ce qui est véhiculé en France, des chiots qui ne sont pas nés au sein d’un troupeau sont tout à fait capables de devenir d’excellents chiens de protection moyennant des conditions d’élevage et d’introduction au troupeau adaptées à cette destination.

A la disparition des grands prédateurs de France, les chiens de Montagne qui avaient perdu leur utilité ont failli disparaître eux aussi. Même de nos jours avec moins de 500 naissances par an, la race peut être considérée comme en danger. Il faut remercier ces quelques éleveurs de chiens du siècle dernier, passionnés du Montagne, qui ont su préserver des lignées pures et éviter ainsi l’extinction de la race. Ne parle-t-on pas de biodiversité et de sa préservation ?

Ayons donc la sagesse de mettre en valeur le patrimoine qui nous a été légué par des générations d’éleveurs qui ont su mettre tant de beauté dans un chien de travail unique et si extraordinaire, le chien de Montagne des Pyrénées.

Mathieu Mauriès (IDEES)

Ingénieur en Agriculture, Docteur en Zootechnie, Expert européen, Eleveur Sélectionneur de chèvres et de chiens de Montagne des Pyrénées.

Un article de :

Mathieu MAURIES
ELEVAGE DU HOGAN DES VENTS
Chèvres du Rove – Boers – Anglo-Nubiennes
Moutons Dorper
Chiens de protection Montagne des Pyrénées
Croix de Lumière
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